À la source de la rumeur

À la source de la rumeur


 
il y a des mots
  dits trop bas
  pour être sûrs d’eux.

Ils naissent dans l’ombre,
  passent de bouche en bouche,
  sans visage.

Ils trouvent les fissures —
  dans le doute,
  dans l’attente,
  dans ce que l’on croit savoir.

Ils s’y glissent.

Cela commence par presque rien :
  une phrase
  qui hésite.

Puis l’eau se trouble.

Personne ne la boit
  mais chacun s’y penche.

Elle déborde sans bruit,
  se répand,
  cherche la faille,
 
grossit de ce qu’on lui prête.

On dit qu’elle trouble le monde.

En vérité,
  elle ne fait que révéler
  la fragilité des hommes.

Elle l’effleure,
  le déplace à peine —
  juste assez
  pour trahir nos failles.

À l’aube,
  il reste peu :
  une parole abîmée,
  un doute inutile,

  et la vérité
  qui demande réparation.

Puis le silence revient,
  mais rien n’est tout à fait innocent.

La rumeur n’a pas de visage, seulement des reflets.

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