L’ultime voyage
Noirs bateaux surgis de l’au-delà,
déposés sur les galets : les voilà,
gardiens d’une majesté auguste…
Depuis quand ? Le sait-on au juste ?
Immobiles, pour avoir trop frôlé le néant,
ils offrent aux tempêtes leur flanc béant,
où la marée haute s’engouffre avec démence,
déposant des baisers de vagues ardentes.
Non happés par la mer au charme farouche,
sous ses embruns, lentement, ils se couchent :
émouvantes carcasses, jadis fiers bâtiments,
gisants hors des ports sous le vol du goéland.
Squelettes entravés aux lourdes chaînes,
dont le craquement et le chant des sirènes
s’entrelacent au vent quand la nuit s’achève,
en une complainte qui s’étire sur la grève.
Chants à réveiller les disparus qui gémissent,
marins hantant la cité engloutie d’Ys ;
mais par une nuit sans lune, ils resurgiront,
et de leurs rouges amarres vous libéreront.
Pour l’ultime voyage dans les profondeurs.
Ajouter un commentaire