La Pianiste en absence
La pianiste distribue des notes,
doré-mi sur le sol là,
si près du do de la solitude.
En tous sens, les doigts torturés
de ses fragiles mains-papillons
se posent sur les touches blanches, les noires,
avec douceur et conviction,
soulevant les notes d’encre
des partitions d’illustres auteurs.
Et elles montent sous les projecteurs,
s’entrechoquent, se frôlent, s’entremêlent,
en conception de mélodies bluffantes,
pour finir aux tréfonds des oreilles
d’auditeurs bouche bée
dans le noir dense de l’instrument.
Elle entrevoit leurs silhouettes
derrière les feuilles blanches :
ils ont l’évanescence de sa musique,
ils n’en finissent pas d’applaudir
pour des bis répétita épuisants.
Au profit de ces fantômes, chaque jour,
elle se doit de forcer son talent.
Jour après nuit, elle joue sa vie,
et sa vie, en certitude, va les rejoindre
dans la profondeur noire de son piano.
Dans la loge, une note en suspens
résonne comme une cloche de rappel…
mais la pianiste n’est plus présente.
Elle est partie cueillir des notes,
doré-mi sur le sol là,
si près du do de l’amour.
La musique s’éteint, mais elle vit dans l’écho.
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