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LE DERNIER KORRIGAN

LE DERNIER KORRIGAN

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Depuis que la mémoire existe,
  il danse sur les landes de bruyère,
  sous le vert profond des forêts ;
  il danse sous les hautes fougères,
  autour de champignons blancs de lune.

Il danse avec discrétion sur les prés,
  exhalant la rosée des fées.

Il a tant et tant interprété
 
le rythme entêtant des grillons,
  et celui des grenouilles dans la mare.

L’infatigable danseur fou,
  fils de la Mère Nature,
  gardien de ses secrets,
  ce petit être malin,
  si vif qu’on ne le voit pas,
  est en exil aujourd’hui
  dans nos cités de béton.

Au bord des égouts,
  aux aguets, à l’écoute
  d’inaudibles mélodies naturelles.

Morts sont les grillons,
  enfouis sous la tempête humaine ;
  mortes sont les grenouilles
  dans les eaux polluées de la modernité.

Hors des monts,
  hors des chants connus,
  poursuivant les traces azurées
  des tonnerres d’acier migrateurs,
  le korrigan fatigué s’est perdu.

Face à l’océan de l’incompréhension,
  perdu au bout de la terre,
  ses yeux verts, mouvantes lucioles,
  contemplent l’irréel d’un temps
  où la mer, en murmure si doux,
  chante une symphonie d’union
  pour l’aube aspirant la noire nuit.

Et là, cerné par le soyeux clapotis
  qui, d’une froideur cristalline,
  peint de bleu ses mollets,
  avec, sur chacune de ses oreilles,
  un écouteur de coquillage
  diffusant l’enregistrement originel,
  le dernier korrigan
  danse.

 

Écho vivant d’un monde disparu.

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