Médaillé

Médaillé

 

Il part quand la ville dort encore,
  Quand le ciel hésite entre nuit et lumière,
  La route s’ouvre sous son corps,
  Et ses pas l'enmènent d’un rythme fier.
 

Autour, les regards restent aux grilles,
  Spectateurs d’un monde qui se défile,
  Ils voient passer les foulées tranquilles,
  Comme un rêve bref et fragile.
 

Depuis l’enfance, ses matins ont le goût du froid
  Et le claquement sec du chronomètre ;
  Il a compris très tôt, au fond de lui,
  Que certains rêves exigent de se soumettre.
 

Pendant que d’autres riaient le soir,
  Il empilait les heures de fatigue,
  Cherchant au bout de chaque espoir
  La part de feu que l’effort exige.
 

Jour après jour, il poursuivait,
  Un mètre gagné, une seconde arrachée,
  Comme si courir le rapprochait
  D’un temps que rien ne peut figer.
 

Longtemps, la ligne d’arrivée
  N’était qu’un trait dans la poussière,
  Un rêve lointain, presque effacé,
  Au bout de routes solitaires.
 

Il doute parfois, puis recommence,
  Il avance malgré le froid du matin,
  Quand le courage vacille en silence
  Et que l’espoir lui prend la main.
 

Puis un jour, tout s’aligne enfin :
  La piste, le souffle et le cœur,
  Et dans ses paumes brûle soudain
  Le poids minuscule du bonheur.

On accroche une médaille à son cou,
  Un disque brillant sous la lumière,
  Mais ce métal raconte surtout
  Les heures passées dans la poussière.
 

La foule applaudit comme un orage,
  Une tempête de mains levées,
  Et dans ces visages de passage,
  Il sent un peuple rassemblé.

 

Alors je comprends doucement
  Ce que la victoire veut dire :
  Ce n’est pas l’or ni le moment,
  Mais la route qu’on ose suivre.
 

Car ce qui compte au fond du cœur,
  N’est pas la médaille que l’on gagne,
  C’est le chemin fait de labeur
  Qui nous apprend à tenir.
 

Et plus tard, si un enfant demande
  Pourquoi il garde ce trésor,
  Je lui parlerai de la lande,
  Des matins glacés avant l’aurore.
 

Je lui dirai les doutes profonds,
  Les battements lourds dans la poitrine,
  Et ce courage qui répond
  Quand la fatigue nous incline.

Je lui dirai simplement qu’un jour,
  En courant de toutes nos forces,
  Nous avons rejoint, au bout du parcours,
  Le rêve que le cœur amorce.

                                                                                               Courir, transformer un rêve en chemin.

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