Muettes Sirènes
Bouquins obsolètes,
au moisi moite et entêtant,
pages collées,
pages qui se défont :
les légendes s’évaporent,
les légendes s’éteignent.
Aux reflux des grandes marées,
les clochers, qui reviennent,
solitaires et translucides,
s’élèvent dans le silence,
s’élèvent et se taisent.
Sur les toits de cités englouties,
dénudées par l’abandon
de leurs chants envoûtants,
les sirènes se taisent,
les sirènes sont muettes.
Les charmes ancestraux
n’ont plus de pouvoir
sur des marins pressés,
marins perdus dans leurs rêves,
dans des tempêtes économiques,
à bord de monstres de fer
sur les autoroutes maritimes.
Vie, pour l’essentiel sans sel ;
ils ont oublié la mer,
la mer sous leurs pieds,
la mer qui s’éloigne.
Les équipages, au port,
à coups d’e-mails,
recherchent sur Internet
des sirènes stars-système,
des sirènes qui brillent,
mais les sirènes
ne se connectent pas.
Dans les grands fonds,
elles épousent des scaphandriers,
pour une descendance
aux goûts de pureté,
purificatrice de leur mer,
purificatrice de leurs chants.
À moins que ce ne soit
un film de science-fiction :
un DVD posé sur la pile
de bouquins obsolètes,
bouquins au moisi moite,
au moisi entêtant.
Les légendes s’éteignent dans le bruit des e-mails.
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