Tournetête
Le port s’éprend d’un vague à l’âme,
à l’heure où la lune s’étire et se pavane.
Le vent…
haleine féline…
exhale le sel,
exhale le ciel,
exhale les chants celtiques
qui résonnent dans les mâts métalliques.
Près de l’embarcadère,
sous un jaune lampadaire,
une mouette rieuse,
qui se croyait danseuse,
gracieuse sylphide intemporelle,
crée une danse d’ailes
pour des adolescents incrédules.
Accoudé au bar incandescent,
un ancien frissonne et décrète
qu’elle se nomme « Tournetête ».
C’est une mouette-sirène,
rare à paraître en avant-scène.
Revêtue de plumes blanches
et non d’écailles,
mise en demeure par des dieux conformistes,
elle ne sait pas chanter,
mais sait rire dans le vent.
Elle s’étend sur le fil de l’horizon,
danse en déraison,
d’entrechats en grand écart,
tourne et vole en ritournelle,
devenant, entre mer et nuages,
une étoile incomprise.
L’ancien dit qu’il suffit
d’un vœu formulé
pour, en réponse,
devenir son musicien.
Mon regard accroché au fond de ma chope,
j’écoute une marée rouge se fracasser contre mes tempes.
Un blues m’envahit.
Relevant la tête, sans connaître le solfège,
comme par défi, je formule mon vœu.
Pour l’abandon dans une piquette,
je deviens musicien.
Ainsi, ancré dans ton ombre, Tournetête,
de pieds et de mains,
je fais la claque,
dans un tempo délirant,
claquant ce rythme au vent.
De la plage aux polders,
de la terre plate au vallon forestier,
je suis accompagné de dix, de cent,
de milliers de korrigans.
Tournetête, on se doit de te suivre
dans une farandole de danseurs fous.
Émergeant du moindre trou,
ces danseurs drôles m’entraînent
en caverne le jour,
sur la lande la nuit,
dans des danses
à ne plus savoir,
à ne plus pouvoir,
en terres inconnues.
Tournetête, sirène si légère,
quand t’arrêteras-tu de danser ?
Tu joues et t’amuses
de mon désarroi.
Arrête-toi ! Je n’en puis plus.
La plage, la mer si loin…
Tout sombre dans le doute.
Tournetête,
tu veux tant de preuves
pour ce vœu exaucé.
Que puis-je te donner
pour que tu puisses t’envoler
et me laisser seul,
immobile comme un épagneul,
le nez dans les nues,
regardant la fuite saugrenue
de ma jeunesse assoiffée ?
À ta santé, bonne fée.
Le lampadaire expire.
Une nouvelle aube s’étire
sur l’humus de l’adolescence,
créatrice d’une nouvelle existence.
L’ivresse me fait Tournetête
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