Pardon à Surcouf
Si tu aperçois Surcouf
surtout, lui tourner le dos
ne pas donner ce bonjour
car tu ne saurais lui expliquer
que le jour n’est bon
que ma mer porte le noir,
en deuil du bleu, morbleu et sacrebleu.
Comment lui expliquer
que le sable s’est fixé
dans une résidence de dunes poisseuses,
comment lui expliquer
que la mer d’huile a enfilé un pardessus
sans pli, ni poche pour Éole,
comment lui expliquer
que notre ciel a peur et fait grise mine.
Assis là, sur le trottoir,
moi, je n’ai rien dit.
Je me suis doucement retourné
et j’ai fabriqué des bateaux de papier.
Et je les ai posés sur des rivières arc-en-ciel,
rivières de caniveaux aux parfums d’essence,
pour, au premier méandre,
chuter dans le noir égout.
Les petits navires si blancs,
débouchant aux confins du port
sur la couverture pétrolifère,
se sont figés en arc de cercle
pour l’enterrement du goéland mazouté.
Les voiles-buvards, s’imbibant
de la liqueur minérale,
tout doucement se liquéfient.
Le nom d’un sponsor que personne ne lit
résiste un laps de temps et,
de cette encre délavée,
coule le mot… pardon.
Dans l’ombre le pardon navigue .
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